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Couples mixtes (2/4)

II. Données sociologiques

Intervention de Doris Bensimon présidente de la LDJ.

mardi 1er août 2006


Données démographiques et sociologiques en France et ailleurs

Données démographiques et sociologiques en France et ailleurs

 

{{{Les couples mixtes sont un fait de société qui peut poser des problèmes au peuple juif. Cette contribution s'inspire des enquêtes réalisées par des démographes de l'Institut du Judaïsme contemporain de l'Université hébraïque de Jérusalem et de quelques recherches sociologiques menées en France.}}}

 

Données démographiques dans le monde.

 

Depuis une trentaine d'années des démographes juifs lancent des cris d'alarme. Les mariages mixtes seraient l'un des facteurs du déclin  numérique de la population juive dans le monde. L'équipe de l'Université de Jérusalem dirigée par Sergio DellaPergola coordonne la plupart des recherches menées en diaspora et analyse les informations fournies par des communautés juives ainsi que par des recensements de la population effectués dans quelques pays qui posent une question sur l'appartenance religieuse ou ethnique.

Les questionnaires des enquêtes démographiques concernent toutes les personnes qui habitent sous le même toit. Sergio DellaPergola distingue deux groupes : les répondants qui disent qu'ils sont juifs : ils constituent le « noyau » (core) de la population juive. Avec les autres membres de la famille considérés comme non juifs : les épouses non juives, les enfants nés  seulement d'un père juif et éventuellement des personnes d'origine juive, qui ne sont plus de religion juive , le noyau forme la « population élargie ».

La différence numérique entre ces deux groupes est considérable. Voici quelques exemples.

En 2001, en Russie, le noyau de la population juive était estimé à 275 000 personnes, la population juive élargie à 520 000. Aux Etats-Unis, en 2001, selon deux enquêtes, le noyau de la population juive se composait de 5.300.000 Juifs, mais la population  élargie est estimée à 9 ou 10 millions. Aux Pays-Bas, une enquête signale, en 2000, 30 000 Juifs de descendance matrilinéaire et 13.000 de descendance patrilinéaire. Au Brésil, selon le recensement de 1991, 86.000 Juifs étaient une partie des 117 000 personnes de la population élargie. En  Israël, fin 2001, 5 025 000 Juifs vivaient avec 275.000 non juifs, surtout originaires de l'ancienne Union soviétique. Ces différences s'expliquent évidemment par les mariages entre partenaires juifs et non juifs dans les générations qui se sont mariées dans les années 1990 à 2000. (1)

 

Un autre exemple est l'Allemagne. Depuis la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 et la réunification de l'Allemagne fédérale en octobre 1990, plus de 200 000 Juifs de l'ancienne Union soviétique ont immigré en Allemagne. Cette immigration est strictement contrôlée par  les autorités allemandes. Le Conseil central des Juifs en  Allemagne publie régulièrement le nombre des membres de ses communautés, qui est nettement inférieur à celui des Juifs « russes » récemment immigrés. En effet, les communautés n'acceptent comme membres que les Juifs selon la halakha, c'est-à-dire nés d'une mère juive. En Union soviétique, des hommes de « nationalité » juive ont souvent épousé des femmes d'une autre nationalité. Aussi,  dans environ 40% des couples immigrés en Allemagne, seul le père est juif. La mixité de leur mariage était l'un de leurs motifs du choix de l'Allemagne plutôt que celui de l'Etat d'Israël (2).

Cette définition de l'identité juive selon la halakha pose également des sérieux problèmes dans les pays de l'ancien bloc de Varsovie, membres de l'Union Européenne depuis 2004. Sous les régimes communistes, les Juifs de ces pays ont souvent occulté leur origine juive et les mariages mixtes étaient fréquents. Depuis les années 1990, des communautés religieuses se sont organisées. Des personnes d'origine juive sont en quête de leur judéité. Mais ces nouvelles communautés sont-elles accueillantes à des Juifs qui ne sont pas considérés comme tels selon la halakha ? De plus, des Juifs agnostiques ou athées veulent-ils les rejoindre ?  Des associations juives laïques comme les nôtres, leur seraient très utiles.

 

Données sociologiques en France

 

Depuis le début des années 1970, quatre recherches sociologiques avec quelques approches  démographiques apportent des informations sur les mariages entre Juifs et non Juifs. Les deux premières ont été réalisées par moi-même (3), les deux autres à la fin des années 1980 puis en 2002 par Erik H. Cohen (4). De plus des  thèses de doctorat, des études par entretiens, des romans s'intéressent à des mariages mixtes entre Juifs- et non Juifs.

Cette documentation éclaire l'évolution entre les années 1970 et aujourd'hui. Dans les années 1970-1980, on parlait de mariages, aujourd'hui nous parlons de couples mixtes, de cohabitation, de PACS, des couples homosexuels, de familles recomposées après un ou plusieurs divorces.  L'institution familiale a changé : cette mutation concerne aussi les  milieux juifs. En 2002, Erik Cohen évoque brièvement la cohabitation, mais la sous-estime probablement à 9% des couples interrogés. De plus, autrefois, on parlait surtout des unions entre Juifs et Chrétiens. Actuellement, on observe mariage ou cohabitation  de Juif(ves) et Musulman(e)s, Juifs et Noirs ou Asiatiques, autres mixités moins fréquentes. Dans ces cas, le couple, s'il veut se  maintenir, doit gérer la pluralité de ses identités.

Globalement, le taux des mariages hétérogames est en constante augmentation : il serait  passé de 33% dans les années 1966-1975 à 40%  au début des années 2000. Mariage et cohabitation sont de plus en plus fréquents parmi les Juifs âgés de 20 à 39 ans. En d'autres termes, les cris d'alarme lancés par les démographes et les communautés juives ne sont pas entendus dans un pays comme la France, libre et laïque.

Les 20 à 39 ans qui ont répondu à l'enquête socio-démographique menée par Sergio DellaPergola et moi-même, sont aujourd'hui grands-parents ou même arrière-grands-parents. La transmission de la judéité doit prendre en considération ces trois générations.

Dans cette même recherche, nous avons étudié les vagues d'immigration juive arrivées en France depuis le début du XX° siècle. Nous avons analysé les réponses à notre questionnaire selon le pays de naissance des enquêtés. Entre 1955 et 1965, la population juive de France a doublé grâce à l'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord. Les mariages mixtes étaient  plus fréquents parmi les Juifs nés en France que parmi les immigrés. Pourtant, dès qu'ils se marient en France, il ou elle épousent un(e) partenaire non juif(ve). Et Erik Cohen constate en 2002 que seulement  18% de ses enquêtés s'opposeraient fortement à un mariage mixte, si leur fils ou leur fille avait l'intention d'épouser un ou une non Juif(ve).

Dans les quatre enquêtes ici citées, les hommes sont toujours plus nombreux que les  femmes à choisir un(e) conjoint(e) non juif(ve). La définition de l'identité juive selon la halakha : est juif un enfant né  d'une mère juive, est une décision talmudique en contradiction avec la pratique patriarcale de l'époque biblique. Cette décision a été prise au II° siècle de l'ère chrétienne, lorsque le peuple juif était en danger. Aujourd'hui, elle est ressentie comme une injustice par les pères qui veulent transmettre leur judéité à leurs enfants. Dans la société française, les idéologies religieuses, culturelles voire politiques sont transmises par les deux membres du couple parental. Mieux que par le passé, des femmes juives, pratiquantes ou laïques, semblent avoir pris conscience de leur rôle prioritaire dans la transmission de l'identité juive.

N'empêche : c'est une injustice. Parmi les courants religieux, seuls les réformés, qui s'appellent en France libéraux, ont réfléchi depuis les années 1960 à ce problème, qui est une menace réelle pour le peuple juif. Depuis 1983, ils ont accepté la patrilinéarité pour les enfants nés d'un mariage mixte. Selon ces rabbins, le judaïsme est transmis culturellement et non pas génétiquement. La transmission est un processus d'éducation dont la responsabilité  incombe à la mère et au père. Mais cette éducation devrait être confirmée par une bar ou bat-mitzvah. (5).

Pour nous,  Juifs laïques, être juif et comment être juif est un choix. Mais ont ne peut pas faire ce choix sans la connaissance du judaïsme, de ses valeurs éthiques et sans acceptation du destin du peuple juif. Le judaïsme n'est pas seulement une religion. Il est histoire et cultures. Nous pouvons jouer un rôle important dans l'acquisition de ces connaissances.

Un couple mixte rencontre des  difficultés comme tous les couples. Mais dans la mesure où il gère ces difficultés, il est une réussite. Dans le couple mixte, des cultures se rencontrent dans la vie quotidienne. Cette rencontre peut être une chance.

En  tout cas, elle exige l'ouverture à l'Autre et sa reconnaissance.

Doris Bensimon

 

Notes :

 

1)                   DellaPergola ( Sergio), Jewish  Demography. Facts, Outlook. Challenges, Jerusalem, The Jewish People Policy Planning Institute, juin 2003 p.3

2)                   Bensimon (Doris), Juifs en Allemagne aujourd'hui, Paris, L'Harmattan, 2003, pp.111-112 ; 145-149

3)                   Bensimon (Doris), Lautman (Françoise), Un Mariage : Deux Traditions : Chrétiens et Juifs, Bruxelles,

Editions de l'Université de Bruxelles, 1977, 248 p.

Bensimon (Doris) Della Pergola (Sergio), La population juive de France : socio-démographie et

identité, Jerusalem, The  Institute of Contemporary Jewry, The Hebrew University of Jerusalem, Paris,

 Centre National de la Recherche  scientifique, 1984, 436 p.

4)            Cohen (Erik) L'étude et l'éducation juive en France, Paris, Editions du Cerf, 1991, 290 p.

                Cohen ( H. Erik) Les Juifs de France. Valeurs et identités, rapport de recherche, Paris, 2002, 162 p.

(cf. également L'Arche - n° 538 - décembre 2002)

5)            Bebe (Pauline), Isha. Dictionnaire des femmes et du judaïsme, Paris, Calmann-Lévy, 2001, pp.205-211)

 

 


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