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Centre Medem (Arbeter-Ring)
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Par Natalie Nougayrède

IRAN

jeudi 24 janvier 2008


Le désarroi face au nucléaire iranien

édition du Monde du 22.01.08

 

Les ministres des affaires étrangères des pays traitant le dossier nucléaire iranien (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie, Chine) doivent se réunir mardi 22 janvier à Berlin pour discuter de nouvelles sanctions contre l'Iran à l'ONU. L'Iran refuse toujours de suspendre l'enrichissement d'uranium. La diplomatie patine.

 

Si une troisième résolution de sanctions est votée -ce qui n'est pas acquis-, tout porte à croire que son contenu sera modeste. Le dernier train de sanctions remonte à mars 2007. Depuis, rien. La Russie et la Chine ne veulent pas entendre parler de mesures coercitives fortes.

L'idée de sanctions européennes supplémentaires contre l'Iran, prônée par Nicolas Sarkozy pour contourner les blocages à l'ONU, n'a pas non plus progressé. L'Europe n'a pris aucune décision concrète.

Il est possible que rien ne bouge avant le mois de mars, date des prochaines élections législatives en Iran. C'est aussi, grosso modo, le délai pour que le "plan de travail" élaboré entre Téhéran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) soit mené à bien. L'objectif de ce plan est d'éclaircir des pans passés du programme iranien. La Russie et la Chine veulent lui donner une chance, gagner du temps, ne pas accabler l'Iran.

Le directeur de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, s'est récemment rendu en Iran, où il a été reçu par l'ayatollah Khamenei, et a passé un accord. Son voyage semblait être un contre-feu au déplacement de George Bush au Proche-Orient. Le président américain a déclaré que l'Iran était une "menace pour la sécurité des nations" et le "principal parrain du terrorisme dans le monde". La diplomatie piétine aussi parce que, ces dernières semaines, l'administration Bush, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, se sont consacrés à réparer les dégâts causés par le rapport des agences de renseignement américaines, publié le 3 décembre 2007. La phrase la plus citée de ce rapport ("A l'automne 2003, l'Iran a arrêté son programme militaire nucléaire") a eu pour effet d'atténuer la perception de la menace et le sentiment qu'il y avait urgence à agir.

 

Pourtant, cette même phrase contenait un constat essentiel : elle établissait la nature militaire du programme.

 

L'Iran a toujours prétendu qu'il était pacifique. La Russie dit qu'elle n'a jamais vu de preuve du contraire. L'AIEA n'a pour sa part jamais formulé d'avis sur ce point, se disant incapable de trancher, faute d'accès suffisant aux personnes, aux documents et aux sites.

En toute logique, si on se fie à ce rapport, le "plan de travail" de l'AIEA avec l'Iran ne devrait jamais aboutir. En effet, si l'Iran fait vraiment la transparence sur l'historique de son programme nucléaire, il apparaîtra à un moment donné que le programme visait la fabrication de l'arme nucléaire. Terrible aveu, auquel Téhéran pourra difficilement se résoudre.

La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont affirmé que rien dans le rapport américain ne permettait de minimiser le danger émanant de l'Iran. Tant que l'enrichissement d'uranium continue - c'est le volet le plus difficile du programme nucléaire, à usage dual, civil ou militaire -, tous les soupçons perdureront.

Mais un autre élément contenu dans le rapport suscite de vives inquiétudes, qui ne sont guère exprimées publiquement par les responsables occidentaux. Il s'agit de la mention d'activités d'enrichissement d'uranium qui seraient restées clandestines, distinctes de celles qui ont été découvertes en 2002 à Natanz, au sud de Téhéran.Cela avait déjà été évoqué en novembre 2007, dans le dernier rapport de M. ElBaradei. Or voilà que, selon le renseignement américain :

 

"Pour la production d'uranium hautement enrichi destiné à une arme (nucléaire), l'Iran utilisera probablement des installations clandestines plutôt que ses sites nucléaires déclarés."

 

Où sont ces installations restées secrètes à ce jour ? S'agit-il des expérimentations faites sur des centrifugeuses P2, de "deuxième génération", livrées clandestinement à l'Iran en provenance du Pakistan ? A quel point l'utilisation d'une telle technologie accélérerait-elle l'acquisition de matière fissile suffisante pour faire une bombe ou atteindre le seuil militaire nucléaire ?

L'AIEA n'est pas en mesure de répondre. Depuis deux ans, elle a été privée par le régime iranien de la possibilité d'effectuer des inspections larges et inopinées. Elle a reconnu que sa connaissance du programme est allée "en décroissant".

Ces derniers mois, les signes d'enlisement du dossier se sont accumulés. Le processus des sanctions internationales apparaît en panne. L'administration américaine est affaiblie. Elle a donné à ses alliés, en Europe et au Proche-Orient, l'impression d'être désorientée, prise de court par le rapport de ses propres agences. Celui-ci relèverait d'un règlement de comptes entre responsables américains, après les manipulations d'informations qui ont conduit à la guerre en Irak, en 2003.

C'est dans ce contexte embrouillé que deux événements militaires se sont produits. Le 6 septembre 2007, l'aviation israélienne a bombardé un site en Syrie où, selon les Américains, se construisait une centrale nucléaire de type nord-coréen. Le 6 janvier 2008, des navires américains appareillant dans le détroit d'Ormuz étaient "provoqués" par des vedettes des Gardiens de la révolution iraniens.

Le rapport du renseignement américain, par son impact, a sans doute écarté le scénario d'une action militaire américaine contre l'Iran. Mais c'est désormais la possibilité d'une initiative israélienne qui est mentionnée. "Nous n'écartons aucune option", a dit le premier ministre, Ehoud Olmert, le 14 janvier.

 

"Le danger d'une guerre existe", a déclaré mi-décembre Nicolas Sarkozy au Nouvel observateur, "les Israéliens considèrent que leur sécurité est vraiment menacée".

 

La France vient d'annoncer la création d'une base militaire à Abu Dhabi, face à l'Iran. George Bush a menacé l'Iran de "conséquences sérieuses" si des navires américains étaient "attaqués" dans la région. L'enjeu semble être de faire croire à l'Iran que l'usage de la force n'est pas écarté.

Le régime des mollahs, tout en étant agité de divisions, ne cède toujours rien. Il fait tourner ses centrifugeuses et attend qu'une nouvelle administration s'installe à Washington. Le temps qu'il reste avant qu'il ne franchisse la ligne rouge de la maîtrise technologique d'une capacité militaire demeure une inconnue fondamentale.

Natalie Nougayrède


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